Cercle de Patois

En 1854, la «Société jurassienne d'Émulation» faillit jouer un rôle décisif dans la lutte pour la sauvegarde du patois mais hélas ! les Emulateurs ne suivirent pas l'un des leurs, le professeur L. Rode, de La Neuveville. Il leur proposait de constituer des groupes de travail pour «rechercher, recueillir et interpréter tous les documents, morceaux, traités, etc., tant manuscrits qu'imprimés, relatifs soit aux divers patois de la Suisse romande, et spécialement de l'Evêché, soit au celtique.»

(voir Contes fantastiques du Jura ! Recueillis par Jules Surdez (1878-1964), de Gilbert Lovis, à la page 12: Réf.: Actes SJE 1859, p. 190.)

La saveur du patois de l'Ajoie, des Franches-Montagnes, de la vallée de Delémont et du Clos-du-Doubs est encore accessible à plusieurs d'entre nous. Le réveil qui se manifeste, grâce aux écrits des patoisants, dans le domaine du théâtre en particulier, ne cesse de nous réjouir. Il y a dans le patois quelque chose d'originel, une intimité avec la vie, proche de la poésie. Il nous rapproche du Roman de Renart, d'un temps aboli, du Moyen Age «énorme et délicat», comme a si bien dit Verlaine.

Il faut stimuler la pratique du patois. C'est pourquoi l'Émulation se propose de créer un Cercle des patoisants.

Des contacts ont été pris avec Djôsèt Barotchèt, qui préside l'Amicale des patoisants jurassiens. Nous comptons que le Cercle des patoisants verra bientôt le jour, ajoutant une corde de plus à l'activité patriotique de l'Émulation.

(voir Actes 1974, p. 543: Cercle des patoisants)

Victor Erard

Comité du CP

Jean-Marie Moine
10, Point-du-Jour
2300 La Chaux-de-Fonds
Simone Maillard
38, Croix-fédérale
2300 La Chaux-de-Fonds
Eric Matthey
45, Abraham-Robert
2300 La Chaux-de-Fonds

Lai néchaince di Voiyïn (La naissance du Voiyïn)

Saynette jouée par le Voiyïn (enfant de dix ans) et le rapporteur

L'Voiyïn: Poquoi qu' è y é des tchaind'lattes chus ci toétché ?

L' rappoétchou: Ç' ât ènne grante hichtoire. Adj'd'heû, t'és prou grôs po compâre, dâli, i t' le veus dire tot sïmpyement. Tai mére naché en déj'heûte cent quairante sèpt.

L' Voiyïn: Quoi ?

L' raippoétchou: È ô ! Èlle s' aipp'lait Airiatte, p' èlle était encoé bïn djûenatte tiaind qu' ïn tot djûene hanne, ci L. Rode yi fred'né ïn tchaint d' aimoé di patois

L' Voiyïn: Pourquoi y a-t-il des bougies sur ce gâteau ?

Le rapporteur: C'est une longue histoire.

Aujourd'hui, tu es assez grand pour comprendre, aussi je vais te le raconter tout simplement. Ta mère naquit en 1847.

L' Voiyïn: Quoi ?

Le rapporteur: Eh oui ! Elle s'appelait Ariette, et elle était encore bien jeunette, quand un très jeune homme, L. Rode lui fredonna un chant d'amour du patois

L'raippoétchou: Mains les parents

d' l' Airiatte lai r'botainent tot comptant en piaice en y diaint qu' èlle n' était p' encoé maivu po çoli !

L' Voiyïn: Moi, i l' trove âchi !

L' raippoétchou: L' temps péssé. È y é mit'naint ïn pô pus d' trente ans, ïn âtre hanne, maivu ç'tu-li, ci Victor Erard, tchaindgé l' nom d' tai mére. È l' aipp'lé Bairotchatte, pe virait atoûé d' lée. Mon Dûe qu' son tchaint était bé !

Le rapporteur: Mais les parents d'Ariette la remirent immédiatement en place en lui disant qu'elle n'était pas encore mûre pour cela !

L' Voiyïn: Moi, je le trouve aussi !

Le rapporteur: Le temps passa. Il y a maintenant un peu plus de trente ans, un autre homme, mûr celui-là, Victor Erard, changea le nom de ta mère. Il l'appela Barochette, et tournait autour d'elle. Mon Dieu que son chant était beau !

L'raippoétchou: Malhèy'rouj'ment, an trovont chur'ment totes soûetches de r'preutches po moéridginaie tai poûere pûerainne mére.

L' Voiyïn: Çoli m' fait mâ po mai mére !

L' raippoétchou: Tiaind qu' ïn coupye é ïn afaint, dains yote bonhèye, l' hanne è lai fanne s' musant nian p' ran qu' â djoé d' lai néchainche, mains en ci b'nâchu djoué laivoù qu' ès n' aint pus fait ran qu' yun, po ïndg'niaie lai vie. Ch' te piaît, vais comptait l' nïmbre de tchaindlattes qu'sont ch' le toétché !

L' Voiyïn: ènne, dous, trâs, quaitre, cïntçhe, ché, sèpt, heûte, nûef, dieche.

L' raippoétchou: L' vinte-ché d' aivri 1997, è Poérreintru, ïn échpèche de paitraitçhèt

qu' i n' sais piepe tiu qu' ç' ât, tchaindgé encoé ïn côp l' nom d' tai mére. È l' aipp'lé Déjirèe Sarah d'vaint d' se quâsi aidg'nonyie d'vaint lée, pe d' y tchaintaie ïn toutchaint rdyïndyat. Tai mére feut dôbe de djoûe. Èlle te senté tot comptant déraimaie en lée.

Mon chér Voiyïn, t' és dj' dieche ans adjd'heû, pochque ci djoué-li, t' entrés dains nôs tiûeres.

L' Voiyïn: Empie dieche ans !

Le rapporteur: Malheureusement, on trouva sûrement toutes sortes de reproches pour morigéner ta pauvre mère en pleurs.

Le Voiyïn: Cela me fait mal pour ma mère !

Le rapporteur: Quand un couple a un enfant, dans leur bonheur, l'homme et la femme ne pensent pas seulement au jour de la naissance, mais au jour béni où ne faisant qu'un, ils engendrèrent la vie

S'il te plaît, va compter le nombre de bougies qui sont sur le gâteau !

Le Voiyïn: une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix.

Le rapporteur: Le 26 avril 1997, à Porrentruy, une espèce d'hurluberlu dont j'ignore même le nom, changea encore une fois le nom de ta mère. Il l'appela Désirée Sarah avant de presque s'agenouiller devant elle, et de lui chanter un refrain touchant.

Soudain, elle te sentit bouger en elle.

Mon cher Voiyïn, tu as dix ans aujourd'hui parce que ce jour-là, tu entras dans nos cœurs.

Le Voiyïn: Seulement dix ans !